Du Fu (-prononcé « tou fou »… no comment !) (712-770) laissa derrière lui 1458 poèmes. Il y a donc de quoi lire… (Projet de vacances ?).
Ce confucianiste convaincu y exprime son aspiration à jouer un rôle politique dans le pays. Issu d’une famille de lettrés et pourtant recalé aux examens, il n’occupera que deux postes mineurs dans l’administration : il semble que son tempérament de poète ne le prédisposait pas à se plier aux contraintes qu’auraient exigées de grandes fonctions.
L’intérêt qu’il portait aux grands évènements historiques de son temps a valu à son œuvre le nom de « shishi », histoire en poèmes. Pour lui, le poète avait aussi un rôle social à jouer.
De nombreuses pièces poétiques évoquent la famille, l’histoire ancienne, la vie de tous les jours. Cet homme, rempli de compassion, parle des injustices, de la misère et en parle d’autant mieux qu’il vit lui-même ces choses.
S’adressant à l’Empereur, il dépeint clairement sa situation :
« Depuis la septième année de mon âge jusqu’à la quarantième que je cours à présent, je n’ai fait autre chose qu’étudier, lire, composer des pièces d’éloquence et faire des vers. J’ai acquis quelque réputation mais point de biens ; je suis dans la plus grande misère. Quelques herbes salées et un peu de riz font toute ma nourriture, tous mes vêtements consistent dans l’habit que j’ai sur le corps. Si Votre Majesté ne Se hâte d’y mettre ordre, elle doit S’attendre, au premier jour, à entendre dire que le pauvre Du Fu est mort de froid ou de faim ; Il ne tient qu’à Elle de S’épargner ce triste récit. »
Il eut gain de cause, mais n’en profita pas longtemps :
La révolte d’An Lushan, ce général qui mit en fuite l’Empereur Tang et fut tué par son propre fils peu de temps après... (le « tu quoque » chinois ?) mit un terme à cette brève période de bien-être.
Son style reste simple, sobre, direct, il donne vie à cette période mouvementée, où les combats séparent les familles,où la famine décime les populations et durant laquelle on assiste à la chute d’un empire brillant, celui des Tang.
Il a su atteindre une perfection technique telle que de nombreuses générations d’admirateurs ont tenté de l’imiter, mais n’ont pu l’égaler : il reste proche du quotidien, du réel, du familier. Il sait faire naître les émotions et toucher en choisissant les mots justes.
Condamné à l’errance, il mènera une vie qui sans aucun doute l’inspirera et qui explique la force de son réalisme. Il ne connaîtra une réelle aisance que lorsque le gouverneur de Chengdu le prendra sous son aile.
« Perspective printanière » est son œuvre la plus connue.
Le pays est brisé, monts et fleuves pourtant demeurent ; la cité est au printemps, l'herbe et les arbres sont profonds.
Ému par le temps, les fleurs semblent éclaboussées de larmes ; en haine de la séparation, les cris d'oiseau bouleversent le cœur.
Feux de guerre ininterrompus depuis trois mois ; une lettre de la maison vaut dix mille pièces d'or.
Cheveux blancs, que je gratte, ils s'amincissent encore ; presque, ils ne pourraient plus tenir l'épingle à cheveux.
Toujours en peu de mots les images surgissent et marquent l’esprit :
« Le départ des soldats et des chars de guerre » (Extrait)
… Les chars crient … Les chevaux soufflent ;
Les soldats marchent, sur leurs dos l’arc et les flèches.
Les pères, les mères, les enfants les accompagnent, courant confusément au milieu des rangs ;
La poussière est si épaisse qu’ils arrivent au pont de Hien Yang sans l’avoir aperçu ;
Ils s’attachent aux habits des hommes qui partent, comme pour les retenir, ils trépignent, ils pleurent ;
Le bruit de leurs plaintes et de leurs gémissements s’élève jusqu’aux nuages. (…)
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