Connaissez-vous les "portes de lune"?
Je suis d'accord, on connaît mieux les gâteaux de lune,
mais, bon... Tout ne peut pas se manger!
Dans les jardins chinois si bien pensés et aménagés, il est
bien rare de ne pas trouver au moins une "porte de lune"
月亮门 yuèliàng mén.
Il s'agit d'une ouverture ronde pratiquée dans un mur. Car
le jardin est conçu comme une œuvre d'art et doit offrir
au regard sans cesse de nouvelles perspectives. On ne voit
jamais l'ensemble du jardin. On aperçoit une chose, puis
une autre... C'est un cheminement...
Des fenêtres ajourées, des portes, des recoins
transforment le jardin en mini-univers où les yeux
découvrent à chaque pas un nouveau "tableau" et l'on passe
ainsi de scène en scène, de la "forêt de bambous" aux
"montagnes" ou au "lac"... Comme une estampe sur rouleau
qui ne dévoile que très progressivement l'œuvre créée.
Cet élément d'architecture marque symboliquement le
passage dans un autre "monde:
"Si tu passes cette porte, tu auras un autre ciel au-dessus
de ta tête, et un autre sol sous tes pieds".
Lorsqu'on franchit la porte, parfaitement ronde, on en
forme soi-même le centre. On retrouve ici l'influence de la
philosophie taoïste, où l'homme s'intègre à l'univers, où il
est une partie de la nature. Le jardin chinois n'est pas
l'œuvre du hasard, tous les éléments sont choisis pour leur
signification symbolique.
Le jardin reflète la nature, dans ses composantes
végétales, minérales... liquides! Le jardinier en est le
créateur et doit respecter l'équilibre naturel.
Nous sommes loin du « jardin à la française », bien clair,
bien symétrique, contrôlé, maîtrisé... Comme si l’on pouvait
maîtriser la nature. C’est comme vouloir empêcher les
escargots de manger vos salades… un combat perdu
d’avance !
Mais si lorsqu’on parle de jardins chinois, on voit un bel
espace fleurit avec de beaux arbres centenaires, un petit
pont par ci, une porte de lune par là… le concept de jardin
évolue lui aussi en Chine et sans azalées pourpres, sans
glycines ou pivoines, sans pagode ni chemins détournés…
A Zhongshan, tout près de Canton, le Parc du chantier naval
est un exemple de jardin « moderne ». Cette bulle verte de
11 hectares, posée sur une île au milieu de la ville en pleine
agitation, est une création originale et audacieuse
accessible depuis 2002.
Avec ce parc, le paysagiste Kongjian Yu réhabilite une
friche et ses hangars, l’histoire du lieu s’intègre au jardin
et ce n’est pas sans surprendre. Si le Feng Shui préconise
les chemins tortueux, l’architecte ici a choisi les lignes
droites afin de mieux correspondre au lieu et aux éléments
subsistants de cette friche industrielle des années
cinquante : machines, navire, voie ferrée, bâtiment
métallique… Les designers Kongjian Yu, Wei Pang,
Zhengzheng Huang, Qingyuan Qiu et Shihong Lin ont su
exploiter l’existant à merveille. Les perspectives sont
multiples, les promeneurs ne risquent pas de s’y ennuyer…
Le Zhongshan Shipyard Park est un espace écologique
nouvelle génération : les plantations sont adaptées à
l’environnement : pour éviter les montées des eaux
intempestives et dangereuses pour la ville, ce fils de paysan
a imaginé une « ville éponge » en bâtissant des berges en
terrasses successives, donc sur plusieurs niveaux et ces
terrasses sont stabilisées par des végétaux choisis avec
discernement. Ainsi, lors des crues de la rivière Qijiang,
ces berges forment une sorte de barrages qui absorbe en
partie les eaux montantes et permet de préserver la
stabilité des berges.
On retrouve ici l’idée d’adapter son jardin à la nature
environnante. Cette idée sera sans aucun doute à mettre en
pratique par tous , car il nous faut prendre en
considération les conséquences qu’induit le changement climatique.🌞