Quand on parle de boisson chaude et de Chine, on ne pense pas vraiment au café !
Et pourtant... le café est devenu une boisson à la mode ! Jinlong Wang est l’homme qui a initié les Chinois au café, enfin plus précisément … aux cafés Starbucks. Shanghai en compte … beaucoup et difficile de passer à côté .
L’histoire de Jinlong Wang est emblématique de l'évolution de la Chine et de son intérêt pour le mode de vie occidental. Starbucks prévoyait à lui seul 9000 points de vente pour fin 2025 et de nouveaux cafés ouvrent tous les jours. Ces cafés sont pensés pour correspondre aux attentes des clients chinois, de grands espace, un côté cosy pour une consommation qui se fait sur place , même si la vente à emporter comme aux Etats-Unis a le vent en poupe.
Boire un café est une vraie « sortie », on se détend, on profite, on papote, on se prend en photo et on envoie aux amis les clichés « moi devant la devanture du café à la mode» , « moi, dans le café », « moi avec la tasse de café en main » … Bref, c’est une expérience - qui a son prix d’ailleurs… Comptez entre 3 et 5 euros la tasse !
Bon, on ne peut pas dire que les Chinois aient adhéré d’emblée au café, qui, pour certains avait un goût de « médicament » 😉 Jinlong Wang , pour rallier les réfractaires, propose le « Green Tea Frappuccino », un frappé à base de thé vert, (no comment… il en faut pour tout le monde) et même des gâteaux de lune, nettement plus couleur locale que le café noir sans lait ni sucre 😊. La marque le laisse faire, l’essentiel est que les implantations soient des succès et c’est le cas.
D’autres marques de cafés ont suivi le mouvement. Le café de l'enseigne "Arabica" a ouvert aussi à Shanghai, l’un d’eux était même le plus grand au monde (aujourd'hui en Chine, c'est un Starbucks avec 2700 m2!). Le logo de cette marque japonaise est simple et efficace, c'est :% et les Chinois aiment.
Il faut dire aussi que Junichi Yamaguchi, le co-créateur de la marque tokyoïte est champion du monde de « Latte Art » (ben oui, ça existe !). Car ici, on ne parle pas du café tout bête… mais du café « designé » (prononcer « dizaillgné » ?) avec des cœurs, des oiseaux et autres motifs dessus… Bref, on ne fait pas que le boire,,, on le regarde !
Acheter son café 10 minutes avant d’aller au travail n’est pas totalement du domaine du réalisable : Les consommateurs doivent normalement faire la queue et attendre un moment avant d’obtenir leur tasse ! Mais que ne ferait-on pas pour être dans le move ! … Et comme ça on a le temps de se prendre en photo, devant la boutique, à la porte de la boutique, avec sa tasse, en buvant son café… et plus on publie sur le net, plus la queue s’allonge 😊
Les plateformes sociales les plus populaires comptent chacune jusqu’à 900 millions d’utilisateurs actifs. Ça fait du monde ! WeChat, Weibo (genre twitter qui gazouille en Chinois) sont de la partie sans parler des KOL ? quoi ce truc ? Ce sont les « Zinfluenceurs » : (key opinion leader), comme on vit une époque où l’on n’est plus sûr de penser tout seul, on a des gens qui pensent pour vous !
Donc, si un super KOL cool est vu une tasse de café « machin » à la main, le lendemain il y aura foule sur le paillasson de la boutique en question. La marque Luckin a utilisé des KOLs et une ribambelle de stars pour appâter le consommateur. Bref, on vend un art de vivre, une ambiance, une expérience et aussi – accessoirement- du café !
La nouvelle tendance se tourne vers le plus local, il s’agit de créer une identité plus « chinoise » et moins occidentale. Proposer du premium, du moderne, de « l’instagrammable ». Bref, les enseignes veulent se démarquer et profiter de ce marché florissant. Les coffee shops se multiplient partout.
Quand la région la plus emblématique vouée au thé se met au café !
A tel point que l’on voit des changements dans des régions traditionnellement connues pour l’excellence de leur thé , comme le Yunnan . Des paysans , qui dans leur grande majorité n’avaient jamais bu le moindre café- décident de se mettre à la culture du café ! C’est un endroit idéal, le climat est proche de celui du Brésil et la culture du café s’y porte à merveille. Un agriculteur peut gagner jusqu’à 20 000 euros par an grâce à cette nouvelle activité.
Hua Honglin a été un pionnier et c’est aujourd’hui un riche homme d’affaire avec un revenu de 250 000 euros par an !. L’engouement est tel que l’on a dû interdire le remplacement des arbres à thé par les caféier ! Tout le monde voulait se mettre à la culture du café, plus rentable et bien mieux adaptée au changement climatique.
Mais ce n’est qu’un début :
Il y a de la marge pour toutes ces belles entreprises puisque les Chinois ne consomment parait-il pour le moment que quelques… 4 tasses de café par… an - contre 750 tasses pour un Français… fort (de café) non ?
Voilà sûrement pourquoi nous sommes moins « zen ».
Bon je vous laisse, il est l’heure d’aller boire un bon thé Pu’er !